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Décès de Denise René, la galeriste pionnière de l'abstraction
Le Monde

(09.07.2012)

La galeriste Denise René, de son vrai nom Denise Bleibtreu, décédée lundi 9 juillet à l'âge de 99 ans, avait révélé Vasarely après-guerre et soutenu de nombreux pionniers de l'abstraction géométrique et du cinétisme du XXe siècle. Le Centre Pompidou avait rendu hommage en 2001 à son travail de militante de l'art à travers l'exposition "Denise René, l'intrépide. Une galerie dans l'aventure de l'art abstrait, 1944-1978".

Née à Paris en juin 1913, Denise Bleibtreu avait transformé en galerie l'atelier de mode parisien qu'elle dirigeait avec sa sœur, la Société Denise René, sur les conseils d'un jeune artiste, Victor Vasarely, rencontré au café de Flore en décembre 1939 et dont elle lancera la carrière. En 1944, l'exposition inaugurale de la galerie Denise René, rue de la Boétie, lui est consacrée : "Dessins et compositions graphiques de Vasarely".

Dans cette galerie française qui deviendra l'une des plus connues au monde, Denise René fait se côtoyer dès les premières années, avec le flair qui la caractérise, des artistes d'avant-garde, Arp et Magnelli, Sophie Taeuber et Herbin, Vasarely, Jacobsen, Dewasne ou Mortensen. "Alors qu'elle a été résistante, elle expose aussi en 1945 un Allemand, Max Ernst. C'est un bon indicateur de son esprit, elle aimait ce genre de provocation", soulignait en 2010 le marchand d'art Hans Mayer dans le Journal des Arts.

Tenace, ouverte sur le monde et farouchement indépendante, même si certains lui ont reproché l'emprise de Vasarely, elle restera fidèle à l'esthétique de l'abstraction et du cinétisme. Avec constance, en dépit des modes, quitte à négliger d'autres courants artistiques majeurs, comme le minimalisme.

Elle organisa la première exposition de Mondrian en France


En 1946, elle présente l'exposition "Peintures abstraites", mêlant abstraction géométrique et lyrique. Et c'est en 1951, avec l'exposition "Klar Form" qu'elle se lance définitivement dans l'abstraction froide. Novatrice, elle produit des catalogues et se crée une écurie d'artistes grâce à des contrats d'exclusivité. Avec Vasarely, elle orchestre en 1955 l'exposition "Le Mouvement", qui contribuera à faire connaître l'art cinétique. Deux ans plus tard, elle organise la première exposition de Mondrian en France, alors que les critiques et les musées français boudaient l'artiste néerlandais.

"Une galerie, ce n'est pas seulement une conception esthétique, mais une façon de fonctionner. Elle savait faire venir des collectionneurs, être présente là où il fallait être", soulignait récemment Jean-Paul Ameline, conservateur du Musée d'art moderne du Centre Pompidou.

En 1966, elle ouvre une seconde galerie, Denise René-Rive Gauche, boulevard Saint-Germain, puis en 1967 une autre en Allemagne, avec Hans Mayer, et enfin un espace à New York en 1971, fermé dix ans plus tard.

Au début des années 1970, Vasarely fonde deux musées, l'un en France, l'autre en Hongrie, et crée son Centre de recherche architectonique à Aix-en-Provence. Le chiffre d'affaires de Denise René en souffre cruellement. Puis c'est la crise. La galerie de la rue de la Boétie croule sous les dettes et ferme en 1977. Mais une nouvelle galerie Denise René est inaugurée dans le Marais en 1991, complémentaire de celle du boulevard Saint-Germain. Ces deux galeries sont toujours en activité de chaque côté de la Seine.

Source : www.lemonde.fr

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