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Néon. Who's afraid of red, yellow and blue ?
mad.lesoir.be - Dominique Legrand

(07.03.2012) 

Un bain de lumière dans un caisson blanc. Le visiteur progresse dans des zones diaphanes, une succession d'espaces colorés. Signée par l'artiste vénézuélien Carlos Cruz-Diez, Chromosaturation (1965-2011) est l'installation qui illumine l'expo Néon dans une Maison Rouge parée comme un boxon de banlieue. 

Fringant centenaire, le néon se contorsionne comme un ver luisant sous la patte de 83 artistes, des années 1940 à nos jours. Jamais, on n'avait consacré une exposition à ce médium réservé aux enseignes de snacks et maisons closes. Survivance électrique à l'ère électronique, l'utilisation du néon dans l'art se fait curieusement à rebours de l'histoire du progrès scientifique. 

Le néon, gaz noble, ne se laisse pas manipuler facilement. Chaque artiste "tord" le matériau à sa manière, conduisant souvent le trait lumineux vers le champ du langage. C'est le cas de nombreux plasticiens, comme les pionniers Joseph Kosuth (Néon, 1965), Bruce Nauman, Maurizio Nannucci qui donne le titre de l'exposition avec son Who's afraid of red yellow and blue ? (1970). 

Détours, ramifications, il a fallu attendre les années 60 pour que le néon se mette à parler de crise, d'amour, d'humour... La fondation parisienne Antoine de Galbert présente cette explosion langagière colorée qui fait encore dialoguer aujourd'hui Sylvie Fleury, Tracey Emin, Claude Lévêque, Jason Rhoades, Alberola, Saädane Afif, Claire Fontaine, Marie José Burki... 

Autre versant, l'abstraction colorée. En 1951, Lucio Fontana présentait une suspension monumentale à la Triennale de Milan. Ce tourbillon lumineux est la première création réalisée entièrement en néon, en Europe. Les suiveurs sont Martial Raysse et ses ponctuations lumineuses, "signes du désir" au sein de toiles-assemblages, les systèmes minimalistes de François Morellet, jusqu'à l'installation Contained Radiance (2011) de Laddie John Dill. 

Parle-t-on vraiment de néon ? Le dilemme court-circuite l'exposition. Par généralisation, on dénomme néons tous les tubes fluorescents mais seul le rouge est possible avec le néon. Les couleurs diverses sont obtenues avec d'autres composés ou produites par un revêtement fluorescent excité par un rayonnement ultraviolet. Tous les artistes en abusent, comme le bariolage de mots en suspension de Jason Rhoades. 

David Rosenberg, commissaire de cette première exposition consacrée au néon, a voulu retracer l'histoire simple d'un trait dans l'art de la couleur et de la lumière. Le parcours est efficace mais n'allume rien de transgressif dans ce grand allumage, sinon la vidéo de Delphine Reist, chute de 25 tubes de néon jusqu'à l'obscurité.
 
(par DOMINIQUE LEGRAND, - édition du 07/03/2012)

Source : www.mad.lesoir.be

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